L’amour du maillot ou l’argent à gogo ?

Rares sont les joueurs de nos jours qui restent toute leur carrière dans le même club. Cet attachement au maillot et cette fierté de jouer pour son équipe de cœur ne sont-ils pas des éléments qui se perdent avec le temps ? À l’image de Totti, Maldini, Giggs, Puyol ou encore Scholes, on a l’impression que ce dévouement est une chose révolue. L’émanation du football business, où tout est affaire d’argent, n’est-elle pas en train de mettre de côté les vraies valeurs du football que l’on aime ?

AS Roma's forward and captain Francesco Totti (L) hugs AC Milan's defender and captain Paolo Maldini before their Serie A football match in Milan San Siro Stadium on May 24, 2009. After 24 seasons as one of Italy's finest defenders and AC Milan's emblem, Paolo Maldini finally bids farewell to his adoring home fans. AFP PHOTO/ Filippo MONTEFORTE / AFP PHOTO / FILIPPO MONTEFORTE

Deux légendes dans leurs clubs respectifs / AFP PHOTO / FILIPPO MONTEFORTE

On a tous déjà vu cette scène : au moment de célébrer un but, le joueur embrasse son maillot au niveau de l’écusson de son club, sur la poitrine gauche ou droite. Est-ce pour faire plaisir aux supporters ? Est-ce une vraie preuve d’amour ? Sûrement un peu des deux, mais la question mérite d’être soulevée tant les protagonistes changent de club fréquemment.

Football business

Tout va plus vite qu’avant. Tout est une affaire de rentabilité et d’atteinte des objectifs. Lorsqu’un joueur rencontre des difficultés quelques matches d’affilés, on le remplace par un autre. Dans cet immense échiquier, les joueurs sont utilisés comme des pions. Les clubs sont considérés comme des entreprises, chacun a ses avantages et ses inconvénients. Il y a les multinationales : Real, Barça, Bayern, Manchester United, les startup : PSG, Manchester City, Chelsea, et les entreprises familiales, qui représentent les entités bien ancrées dans leurs paysages nationaux. À ce petit jeu de la concurrence, chaque club met ses atouts en avant : participation à la Ligue des Champions, vitrine internationale, temps de jeu conséquent, vivier de jeunes talents,… . Les joueurs sont transférés d’un club à un autre, quelque fois sans avoir leur mot à dire. Ou au contraire utilisent parfaitement les rouages de ce business : menacent de partir en cherchant une augmentation de salaire.

Footballeurs, les globe-trotteurs modernes

Dans cet énorme business international, d’autres acteurs sont rentrés dans la cour, comme le Qatar, l’Inde et la Chine. On ne peut effectivement pas parler d’amour du maillot lorsque les footballeurs choisissent ces destinations. Pourquoi la plupart des joueurs favorisent-ils l’argent alors qu’ils ont déjà des salaires très élevés. Dès leur plus jeune âge, ils sont déjà habitués à quitter leur famille pour partir en centre de formation (souvent même plusieurs s’ils essuient des refus).

Voici l’origine du problème. On a habitué les jeunes à ne pas se confronter à l’échec mais à le contourner. Pendant sa carrière, si un footballeur rencontre des difficultés, il cherchera à aller ailleurs au lieu de travailler. Dans les grands clubs, les compétiteurs se battent pour avoir leur place, c’est toute la différence. Le centre de formation, pour donner du temps de jeu et aguerrir le joueur, va le prêter dans un club, puis un autre. Alors qu’il n’a pas encore 20 ans, le footballeur moderne est déjà façonné à changer de club tous les ans. Comment parler d’amour du maillot quand tu sais que tu ne seras plus là l’année suivante.

Évolution des modes de vie

Il y a 20 ans, le football ne générait pas autant d’argent, et les enjeux étaient moindres. Les effectifs n’étaient pas aussi garnis, et quand un jeune intégrait un club dès son plus jeune âge, on lui laissait le temps de s’épanouir avec ses nouvelles couleurs. C’est ainsi que lorsqu’un joueur rencontrait des difficultés à ses débuts, il avait la possibilité de continuer à travailler pour tenter de s’imposer, et non de répondre aux sirènes d’autres clubs.

Les dirigeants ne voulaient pas à tout prix vendre leur joueur de peur de perdre l’argent investi. Si le joueur réussissait à percer dans son club, il était déjà mature et pouvait continuer sa carrière dans son équipe de cœur. Le fait de persévérer dans son club ne peut être que bénéfique pour tout le monde : dirigeants, joueurs et supporters. Et c’est comme ça que sont écrites les plus belles histoires de notre sport favori.

Théophile Rémon

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